Après trois saisons en FIA WEC avec Lexus, Jérôme Policand dresse le bilan de l’expérience acquise par Akkodis ASP dans un championnat exigeant, où la rigueur des constructeurs impose de nouveaux standards. Le patron de l’équipe évoque aussi les perspectives pour 2027, l’arrivée espérée de la nouvelle Toyota GT3 et sa volonté de revenir à terme sur les grandes épreuves GT internationales.
Après trois saisons en FIA WEC, quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
« Le WEC nous a permis de passer un cap. Historiquement, nous étions des spécialistes du GT3 (avec Mercedes, ndlr). Nous avons connu les débuts de la discipline, puis le Blancpain GT Series et le GT World Challenge. Nous avons remporté plusieurs titres, gagné des courses importantes et signé quatre podiums aux 24 Heures de Spa. En arrivant en WEC, avec l’introduction de la catégorie LMGT3, nous faisions partie des équipes expérimentées du GT3. Mais nous sommes entrés dans un environnement différent, directement lié aux constructeurs et soumis à une réglementation FIA très stricte. Cela nous a fait progresser. Dans ce championnat, que vous soyez Ferrari, Proton ou Akkodis ASP, les règles sont les mêmes pour tout le monde. C’est parfois frustrant, comme au Japon lorsque nous avons reçu un drive-through à deux tours de l’arrivée pour une faute commise bien plus tôt. Mais la sanction aurait été identique pour une autre équipe. Le WEC est exigeant, mais juste. Cela nous oblige à travailler avec les mêmes standards que les grands constructeurs, tout en conservant les moyens d’une structure indépendante. »
Qu’est-ce qui change concrètement dans le fonctionnement d’une équipe privée ?
« Il faut trouver le bon équilibre entre la structuration et la flexibilité. Si l’on multiplie les postes et les spécialistes, on augmente les effectifs et les coûts, mais on peut aussi perdre la vision globale du fonctionnement de l’équipe. Notre force reste notre capacité à nous adapter. Cela concerne la logistique, les transports, les déplacements, l’hébergement ou encore les hospitalités. Nous devons faire avec les budgets dont nous disposons, sans renoncer au niveau d’exigence du championnat. L’enjeu consiste à appliquer des processus rigoureux sans devenir une structure trop lourde. Cette expérience nous a fait progresser, notamment dans notre manière de préparer les courses et de gérer l’ensemble de l’activité. »
Votre première saison (2024) avec Lexus a été particulièrement difficile. Pourquoi ?
« Le partenariat avec Toyota s’est concrétisé avec peu de marge de préparation. Pour nous, le Qatar représentait une échéance très avancée dans le calendrier logistique : une grande partie du matériel devait partir dès la mi-janvier, notamment parce que nous ne pouvions pas tout transporter par avion. Nous avons commencé les essais avec la voiture à l’automne, mais il fallait aussi l’adapter au règlement FIA. Nous avons notamment dû travailler sur son aérodynamique pour qu’elle entre dans la fenêtre d’homologation. La voiture que nous avions récupérée était une ancienne Lexus RC F GT3 qui ne roulait plus en Europe depuis plusieurs années. Elle était même devenue assez particulière dans sa configuration. Il a fallu développer et fabriquer des pièces pour la rendre conforme. La première année, notre objectif était déjà d’être sur la grille au Qatar, avec une voiture opérationnelle. La performance est venue ensuite. Avec le recul, cette période nous a appris beaucoup de choses et nous a rendus plus solides. »
La Lexus RC F GT3 reste-t-elle compétitive malgré son âge ?
« C’est une voiture qui a environ treize ans et nous avons passé énormément de temps à travailler dessus avec Toyota Racing. Nous avons notamment dû nous adapter aux contraintes de poids imposées par la FIA et ramener la voiture à 1 320 kg. Cela a représenté un travail considérable. Nous avons malgré tout réalisé de belles performances, notamment au Mans, et remporté deux courses l’an dernier. Nous ne sommes pas ridicules face à la concurrence. Le domaine dans lequel nous souffrons encore le plus est l’électronique. Certains systèmes ont vieilli, notamment pour les départs depuis les stands et la gestion de la motricité sous la pluie. Les voitures modernes ont progressé sur ces aspects. En revanche, en matière de vitesse pure, nous n’avons pas à rougir de notre niveau. »
La nouvelle Toyota GT3 pourrait-elle vous permettre de poursuivre l’aventure en WEC ?
« Nous allons refaire le WEC. Ensuite, nous avons de grands espoirs de pouvoir disposer de la nouvelle voiture, mais j’attends l’annonce de Toyota comme tout le monde. »
Votre objectif est-il de retrouver d’autres championnats GT3 à moyen terme ?
« Oui, clairement. Notre métier, c’est le GT3. Nous faisons actuellement du GT4 France et du Revival, mais notre base de travail reste cette catégorie. En 2027, il est possible que nous nous concentrions uniquement sur le WEC en GT3. Tout dépendra notamment du nombre de voitures dont nous disposerons. À moyen terme, nous voulons revenir dans d’autres championnats, comme l’European Le Mans Series ou le GT World Challenge. Les grandes courses restent importantes pour nous. Les 24 Heures de Spa sont un événement majeur et nous avons envie d’y retourner. C’est aussi intéressant pour Toyota d’avoir une voiture engagée sur différents championnats et circuits à travers le monde. »

