La sensation fin août a été l’annonce de trois grosses équipes ELMS passant d’un châssis Oreca, actuellement, à la Ligier JS P228 qui roulera en compétition en 2028 dans le cadre de la nouvelle réglementation LMP2. Endurance Live et allé à la rencontre de Franck Tiné, directeur de la compétition de Ligier, pour en savoir davantage.
Où en êtes-vous pour le moment au niveau conception de la Ligier JS P228 ? Est-ce bien avancé ?
« C’est conforme à ce qu’on avait prédit et organisé. Les sujets sont pris les uns après les autres, exactement comme prévu. On est plutôt très contents de l’avancée de la conception. Pas de mauvaises surprises ou de ralentissements particuliers de notre bureau d’études. On est dans les clous de notre planning. Quant aux premiers tours de roues, ce sera dans le premier semestre 2027. »
Vous avez récupéré Panis Racing, Algarve Pro Racing et Inter Europol Compétition. Comment s’est passée l’approche de ces trois grosses équipes ELMS ?
« Il y a une expérience de travail ensemble suivant les équipes sur différents sujets. Le contact n’a jamais été perdu. Que ce soit l’approche, la décision, tout a été pris sur des bases de confiance mutuelle, des bases humaines sur le travail qu’on a pu fournir ou qu’on fournit encore quand on travaille avec eux, sur les méthodes, notre support, notre relation, notre travail en collaboration avec leurs écuries notre écoute. Il ne faut pas oublier que ces trois teams ont la rage de vaincre, que la victoire et la réussite sont leur moteur et que leur choix se fait sur des bases concrètes, cartésiennes et techniques. Selon moi, la performance, la technique et la capacité de faire la meilleure voiture est leur priorité numéro un. Le côté humain a forcément joué parce qu’on met un point d’honneur dans toutes les catégories à suivre nos écuries, être très présent pour eux. Je pense que cette expérience qu’ils ont connue avec nous a beaucoup compté dans leur décision. »
Comment avez fait pour les convaincre ?
« On a présenté un projet, notre approche de manière tout à fait transparente, honnête et claire. Puis les cartes sont dans leurs mains. On sait que les critères, de toute façon, sont ultra-objectifs. Ce qu’on leur a présenté leur a plu, pour résumer, et la relation est très bonne dans les trois cas. »
Y a-t-il d’autres équipes à l’écoute de ce que vous faites et qui pourraient basculer dans votre camp ?
« Oui, on discute encore avec beaucoup de teams. Il était important, je pense, pour tout le monde, qu’on annonce quelque chose. C’est aussi très impactant parce que ce sont trois grosses équipes. Ca a eu plutôt un effet positif pour tout le monde, pour la catégorie aussi, de voir que c’est fait. Mais cela ne veut pas dire qu’on en a annoncé trois et c’est fini ! Il y a beaucoup d’autres choses en cours. On a hâte. »
Cela va faire énormément de bien à la catégorie LMP2 d’avoir deux adversaires. Ça fait très longtemps qu’on n’a pas revu Ligier aussi à un tel niveau…
« Déjà, le fait que l’ACO sélectionne deux constructeurs, dont nous, est un honneur et un bon point de départ pour nous. Quand je dis deux, c’est seulement deux, cela veut dire qu’il y a de la concurrence, mais aussi que les équipes seront face à deux interlocuteurs sérieux et qu’il y aura de la bataille entre deux constructeurs respectés. De notre point de vue, c’était un objectif de revenir évidemment et on veut transformer ça en une grosse réussite. Mais si on prend un petit peu de recul, qu’on se met à la place des promoteurs, du public, ça fait plaisir à tout le monde d’avoir un peu de variété. Les premiers retours, au-delà des amoureux de Ligier qui sont forcément contents, de gens plus neutres, sont top car la catégorie va être dans un autre schéma qui fait plaisir à tout le monde. De plus, on va aussi revoir le nom de Ligier aux 24 Heures du Mans, mais notre boulot aujourd’hui n’est pas de ramener le nom, c’est de le mettre sur la plus haute marche du podium. »
Cela fait un an et demi que la nouvelle version LMP3 est en route. Quel bilan vous pouvez tirer pour le moment ?
« Très positif. On est ravi d’avoir nos équipes, qui étaient avec nous à la précédente génération, poursuivre avec nous. C’est une belle preuve de confiance parce que c’était une nouvelle réglementation avec différents constructeurs (quatre au total, ndlr). Nos équipes historiques ont suivi, mais on a aussi réussi à amener de nouveaux acteurs comme VPS Racing, Ajith Redant, Trajectus Motorsport, Campos ou encore DKR et Gebhardt qui ont changé de constructeur pour nous par exemple. C’est très important et intéressant. Après, au niveau de la voiture en elle-même, des retours collectés et des résultats sportifs, on ne peut qu’être satisfait. Il y a énormément de voitures sur la piste et tout le monde est content. Les quelques petits points d’amélioration de la précédente génération ont été corrigés. »
Commercialement, où en êtes vous ? Le carnet de commandes est plein pour la suite ?
« Là, c’est un petit peu au gré des championnats qui s’ouvrent. On a la chance d’avoir des voitures très fiables, ils n’ont pas forcément besoin de les renouveler. Mais en revanche, ce sont les championnats qui font rouler ces voitures qui créent la demande. Je pense notamment au Prototype Cup Europe et l’IMSA, avec ce championnat IMSA VP Racing SportsCar Challenge qui a été annoncé, en fait une évolution du championnat existant. Aujourd’hui, c’est une cohabitation entre ancienne et nouvelle génération. La nouvelle donne des meilleurs résultats, les équipes viennent donc petit à petit et à partir de l’an prochain, seule la nouvelle génération sera éligible. C’est principalement ça qui fait que le carnet de commandes est plein et le succès n’est pas démenti parce qu’ils voient justement les résultats, le service, etc… »
Il y a la future Asian Le Mans Cup qui va être créée. Et toujours l’Asian Le Mans Series. Est-ce que vous savez, si pour Ligier, ça commence à bien se remplir au niveau des châssis ?
« On en parle beaucoup avec les équipes. En revanche, c’est au niveau plus du promoteur d’annoncer, on ne sait pas exactement où ils en sont des inscriptions. Ce que je peux dire, c’est que le retour qu’on a des équipes est plutôt très bon et que c’est une super plateforme pour rouler en hiver, préparer les pilotes, les tester, entraîner toute une équipe, ne pas perdre le fil pendant l’hiver. La volonté des écuries et la demande apparemment des pilotes semblent très positives. »
Vous avez eu un projet Hypercar il y a quelque temps. Avez-vous de nouveau été sollicité par d’autres constructeurs ?
«Oui, ce sont des discussions toujours en cours parce que les constructeurs ont leur propre timing en fonction principalement de leurs objectifs marketing et de leurs besoins, mais les contacts noués n’ont jamais été coupés. Et effectivement, il y a des discussions qui continuent… »

