Après vous avoir présenté nos bilans à mi-saison en Hypercar ICI et ICI, penchons nous sur le LMGT3. Après quatre manches, la catégorie a déjà livré une partie de ses enseignements. Corvette a pris une longueur d’avance, notamment grâce à la régularité de la n°33 et aux victoires obtenues par TF Sport, mais la concurrence reste loin d’avoir abdiqué. Derrière, Porsche, BMW, Ferrari et Lexus ont chacun connu des fortunes différentes. Certains ont affiché une vitesse impressionnante sans toujours la convertir en points, tandis que d’autres ont construit leur première moitié de saison sur une remarquable constance. Cette premier bilan revient donc sur le parcours de ces cinq constructeurs, de Corvette à Lexus, en analysant leurs performances, leurs points forts, leurs faiblesses et surtout leurs perspectives pour la suite du championnat.
Corvette : une saison 2026 qui confirme les ambitions de TF Sport
Après deux premières manches contrastées, Corvette a véritablement changé de dimension en 2026. La marque a conservé une organisation à deux voitures, mais avec une évolution importante. La n°33 de TF Sport réunit Ben Keating, Jonny Edgar et Nicky Catsburg, tandis que la nouvelle n°34 Racing Team Turkey by TF est confiée à Peter Dempsey, Salih Yoluç et Charlie Eastwood. Ce changement de structure pour la seconde voiture permet à Corvette de poursuivre la progression observée en 2025.
À Imola, la Corvette n°33 débute sa saison par une très solide deuxième place, à seulement 0,265 seconde de la BMW n°69 de Team WRT. Malgré une victoire qui lui échappe dans les derniers mètres, la Z06 LMGT3.R affiche immédiatement un rythme particulièrement intéressant, avec notamment le meilleur tour de la course dans sa catégorie en 1’42 »305. La deuxième voiture du programme, la n°34 de Racing Team Turkey by TF, connaît en revanche un début de campagne beaucoup plus compliqué et termine à la 16e place. À Spa-Francorchamps, la dynamique est moins favorable. La n°33 termine huitième, tandis que la n°34 prend la neuvième place. Les deux Corvette franchissent donc l’arrivée dans les points, mais restent à distance dans une course remportée par la McLaren n°10 de Garage 59. La n°34 montre néanmoins une bonne pointe de vitesse avec le deuxième meilleur chrono de course du plateau LMGT3, en 2’18 »924.
Les 24 Heures du Mans vont totalement modifier la trajectoire de la saison. La n°33 s’élance seulement de la 17e position en LMGT3 et doit donc construire sa course plutôt que compter sur sa position de départ. TF Sport décide de miser très tôt sur Ben Keating, tout juste revenu de blessure, qui effectue ses six heures réglementaires dès les huit premières heures de course. Après son relais, Nicky Catsburg et Jonny Edgar prennent progressivement le contrôle de la course. La stratégie fonctionne à merveille. La Corvette remonte progressivement jusqu’à la première place et parvient à résister à la pression de la Lexus n°78, victime d’une surchauffe moteur. Après 336 tours, la n°33 s’impose finalement devant la Lexus et l’Aston Martin n°23. Corvette décroche ainsi sa dixième victoire aux 24 Heures du Mans, tandis que TF Sport confirme son savoir-faire dans la Sarthe. « On ne peut pas aborder une course de 24 heures en s’attendant à faire un bon résultat. Il faut juste faire son travail, et nous avons fait une course parfaite : pas de pénalités, pas d’erreurs » déclare Ben Keating.
À São Paulo, Corvette confirme que le succès du Mans n’était pas uniquement lié aux circonstances particulières de la classique mancelle. Cette fois, c’est la n°34 de Racing Team Turkey by TF qui s’impose avec Charlie Eastwood, Salih Yoluç et Peter Dempsey qui résiste notamment à la BMW n°69 pour décrocher la première victoire de l’histoire de cette nouvelle entité en FIA WEC. La n°33, elle, doit composer avec l’absence de Nicky Catsburg, retenu par son programme en IMSA. Nicolás Varrone prend ainsi sa place à Interlagos. Malgré cette modification, la dynamique du programme Corvette reste excellente. TF Sport signe une deuxième victoire consécutive en LMGT3, après celle de la n°33 au Mans.
Notre analyse
Corvette a parfaitement négocié cette première moitié de saison 2026. Avec Jonny Edgar en tête du championnat pilotes et la n°33 au sommet du classement équipes, Corvette aborde la seconde partie de saison dans une position particulièrement favorable. La Porsche n°92 reste la principale menace, tandis que BMW, Ferrari et Lexus peuvent encore revenir dans la bataille. La grande force de Corvette réside dans sa régularité et sa capacité à transformer les opportunités en gros points. La n°33 n’a pas besoin d’être systématiquement la plus rapide pour rester aux avant-postes. Si TF Sport conserve cette efficacité et évite les contre-performances, Corvette sera clairement l’un des grands favoris pour le titre.
Porsche : Manthey reste dans la course au titre
Championne du monde lors des deux premières saisons de la catégorie, Porsche poursuit sa défense du titre avec Manthey. Après quatre manches, les 911 GT3 R n°92 de The Bend Manthey et n°91 de Manthey DK Engineering affichent des trajectoires différentes, mais São Paulo a permis au constructeur allemand de relancer ses ambitions. Porsche avait choisi la continuité pour 2026, tout en renouvelant ses équipages. La n°92 The Bend Manthey réunit le champion en titre Richard Lietz, Riccardo Pera et Yasser Shahin. La n°91 Manthey DK Engineering est confiée à James Cottingham, Timur Boguslavskiy et Ayhancan Güven.
À Imola, les deux Porsche entrent immédiatement dans le bon groupe. La n°92 décroche la troisième place, tandis que la n°91 termine quatrième. Un double résultat dans le top quatre qui lance parfaitement la campagne de Manthey, même si la victoire échappe cette fois à Porsche. À Spa-Francorchamps, la n°92 confirme cette régularité avec une nouvelle troisième place, à seulement 3,422 secondes de la McLaren n°10 victorieuse. La n°91 termine septième. Porsche place encore ses deux voitures dans le top dix, avec une nouvelle fois la n°92 comme meilleure représentante.
Les 24 Heures du Mans vont en revanche casser cette dynamique. Après deux victoires consécutives de Manthey dans la catégorie, les Porsche connaissent une course particulièrement difficile. La n°92 termine 13e, à six tours de la Corvette victorieuse, tandis que la n°91 abandonne après 254 tours suite à une rupture de la direction. Pour le tenant du titre, le bilan est particulièrement sévère : seulement quatre points récoltés dans la Sarthe.
À São Paulo, Manthey réagit immédiatement. Partie septième, la n°92 remonte progressivement jusqu’à la troisième place, offrant à Porsche son troisième podium en quatre manches. La n°91 réalise elle aussi une belle remontée depuis la 11e position pour terminer quatrième, à moins d’une demi-seconde de sa voiture sœur. Un double top quatre qui permet à Manthey de reprendre de précieux points au championnat. Cette performance brésilienne est d’autant plus intéressante que les deux équipages ont dû construire leur résultat depuis le milieu de grille. La stratégie et la gestion de course ont permis aux Porsche de remonter progressivement dans un peloton LMGT3 particulièrement compact. Richard Lietz a notamment fait la différence dans les dernières minutes pour aller chercher le podium avec la n°92. « Pour l’équipage de la n°92, ce podium signifie aussi qu’on est de retour dans la course au titre. En même temps, rien n’est perdu pour l’équipage de la n°91» déclare Nicolas Raeder, directeur général de Manthey après la course de Sao Paulo.
Notre analyse
Porsche reste une référence du LMGT3, mais cette première moitié de saison est moins linéaire que les deux précédentes. La n°92 est toujours dans le match pour le titre. Avec une n°91 qui peut encore progresser et une équipe Manthey qui connaît parfaitement la gestion d’un championnat d’endurance, le constructeur allemand possède les armes pour revenir sur la Corvette leader. La seconde moitié de saison dira si la mésaventure mancelle n’était qu’un accident de parcours ou le signe d’une hiérarchie LMGT3 désormais beaucoup plus ouverte.
BMW : Team WRT confirme ses ambitions
Après une saison 2025 déjà ponctuée de quatre podiums, BMW et Team WRT abordaient 2026 avec l’ambition de retrouver le sommet de la catégorie. La n°32 réunit Darren Leung, Sean Gelael et Augusto Farfus, tandis que la n°69 est confiée à Anthony McIntosh, Parker Thompson et Dan Harper. Deux équipages différents, mais une même ambition : permettre à BMW de s’emparer des couronnes mondiales.
À Imola, la n°69 frappe immédiatement un grand coup. Anthony McIntosh, Parker Thompson et Dan Harper remportent une course particulièrement disputée. Le résultat est d’autant plus significatif que la victoire s’est dessinée dans une dernière heure extrêmement tendue, après les difficultés rencontrées par la McLaren n°10 de Garage 59. La n°32 complète cette excellente prestation avec une cinquième place. Une nouvelle fois, Imola semble convenir particulièrement bien à la M4 LMGT3 Evo. À Spa-Francorchamps, le scénario est nettement moins favorable. La n°69 ne peut faire mieux qu’une 11e place, tandis que la n°32 termine 14e. Après le succès italien, BMW connaît donc un sérieux coup de frein dans les Ardennes. Cette manche rappelle surtout la difficulté de rester aux avant-postes dans une catégorie où les écarts sont particulièrement faibles et où la moindre contre-performance se paie immédiatement au championnat.
Les 24 Heures du Mans ne permettent pas véritablement au constructeur bavarois de redresser la situation. La n°69 abandonne après 291 tours, privant son équipage d’un résultat important. La n°32 sauve davantage les meubles avec une septième place. Pour Team WRT, le Mans reste donc une occasion manquée, l’équipe belge espérait forcément davantage pour cette édition. Le résultat ne remet toutefois pas en cause le potentiel de la M4 LMGT3 Evo.
À São Paulo, BMW retrouve justement cette constance qui lui faisait défaut. La n°69 réalise une superbe remontée et termine deuxième, à seulement 8 secondes de la Corvette n°34 . La n°32 reste plus discrète, mais la quatrième place de la Porsche n°91 permet à BMW de mesurer la valeur de son résultat. Cette deuxième place constitue surtout une réponse après un début de saison en dents de scie. Parti plus loin sur la grille, l’équipage de la n°69 a su profiter de la stratégie et des différentes phases de course pour revenir aux avant-postes. Team WRT démontre une nouvelle fois sa capacité à construire une course sur la durée. « Nous avons la responsabilité de nous battre pour une place dans le top trois du championnat » avoue Vincent Vosse, Team Principal de Team WRT
Notre analyse
BMW possède toujours les armes pour jouer le championnat, mais cette première moitié de saison a surtout mis en évidence une différence importante entre vitesse et régularité. Le véritable défi pour Team WRT sera désormais de reproduire ce niveau de performance sur plusieurs manches consécutives. Après quatre rendez-vous, BMW n’est donc pas encore la référence du championnat, mais le constructeur reste clairement dans le groupe des prétendants. La seconde moitié de saison devra transformer les coups d’éclat de la n°69 et la régularité recherchée sur la n°32 en une véritable dynamique de championnat.
Ferrari : la 296 LMGT3 reste dans le groupe de tête
Ferrari poursuit sa campagne avec deux 296 LMGT3 Evo engagées par Vista AF Corse et a fait le choix de la continuité. La n°21 Vista AF Corse, confiée à Simon Mann, François Hériau et Alessio Rovera, constitue la principale arme du constructeur au championnat. La n°54, pilotée par Thomas Flöhr, Francesco Castellacci et Davide Rigon, complète l’engagement de la 296 LMGT3 Evo. Portée par la n°21 de François Hériau, la marque italienne reste dans la lutte après quatre manches, malgré un début de saison plus contrasté pour sa seconde voiture.
À Imola, Ferrari affiche rapidement ses ambitions. Alessio Rovera signe le meilleur chrono du Prologue et la n°21 confirme son potentiel en atteignant l’Hyperpole et s’élançant dans le top 10, tandis que la n°54 doit partir plus loin. La première manche ne permet toutefois pas à Ferrari de concrétiser cette vitesse par un résultat de premier plan. À Spa-Francorchamps, la situation évolue favorablement. La n°21 retrouve les avant-postes et montre une nouvelle fois sa capacité à jouer la victoire. Dans une course extrêmement serrée, Ferrari se maintient dans le groupe de tête.
Les 24 Heures du Mans constituent ensuite un rendez-vous beaucoup plus difficile. La n°21 termine cinquième, tandis que la n°54 connaît une sortie de piste après un contact avec la Ford Mustang n°88. La voiture est roulante mais abandonne plus tard dans la course. Le résultat de la n°21 reste néanmoins important au championnat. La Ferrari termine juste derrière la Lexus n°87 et devant la Corvette n°34, ce qui lui permet de conserver une position de choix dans la lutte pour le titre.
À São Paulo, Ferrari connaît en revanche un week-end beaucoup plus compliqué, comme la saison passée. Les deux voitures Vista AF Corse passent à côté de leurs qualifications. En course, la situation ne s’améliore pas réellement. La n°54, déjà en difficulté, reçoit notamment un drive-through pour non-respect des drapeaux bleus, converti après course en temps supplémentaire. Ferrari repart donc du Brésil avec un bilan nettement inférieur à ses ambitions. Malgré cette contre-performance, la n°21 conserve une place dans le haut du classement. Après São Paulo, Rovera, Hériau et Mann totalisent 42 points, ce qui place leur Ferrari à la septième position du classement des pilotes, mais surtout à seulement quelques points du groupe de tête. « C’est hyper prometteur sur le plan de la performance parce qu’à chaque fois on est dans le coup, la voiture est bien, l’équipage fait vraiment partie des plus rapides. Mais les faits de course font que ça ne se voit pas trop sur les résultats » analyse François Hériau.
Notre analyse
Ferrari reste un constructeur à surveiller, mais la dynamique n’est plus aussi favorable qu’au printemps. La n°21 demeure clairement la référence du constructeur : elle est la seule Ferrari véritablement installée dans la lutte. La Ferrari 296 LMGT3 Evo dispose de suffisamment de vitesse pour revenir dans le match. La question n’est donc pas son potentiel, mais sa capacité à transformer cette performance en résultats lorsque la pression du championnat augmente. Pour viser le titre, Vista AF Corse devra retrouver la régularité qui avait permis à Mann, Hériau et Rovera de terminer vice-champions en 2025.
Lexus : un potentiel enfin concrétisé au Mans
Lexus poursuit en 2026 sa collaboration avec Akkodis ASP Team, qui engage deux RC F LMGT3. La n°78 réunit cette année Tom Van Rompuy, Hadrien David (notre chroniqueur) Estéban Masson, tandis que la n°87 conserve son équipage victorieux à São Paulo en 2025 avec José María López, Clemens Schmid et Petru Umbrărescu.
À Imola, le potentiel est rapidement visible, mais Lexus ne parvient pas à le convertir. Les deux voitures sont encore dans le top cinq lorsqu’elles rencontrent des problèmes techniques. La n°87 abandonne dès la première heure, tandis que la n°78 connaît également de sérieux ennuis pratiquement dans la minute et termine très loin du vainqueur. À Spa-Francorchamps, le scénario est encore plus cruel. La n°78 réalise un véritable exploit en qualifications avec Hadrien David, qui décroche la pole position LMGT3 en Hyperpole. Le Français, rookie en WEC, signe alors la troisième pole de Lexus dans la catégorie, toutes obtenues par la n°78. En course, la Lexus prend rapidement les commandes, mais une pénalité pour non-respect des limites de piste vient ruiner ses espoirs de victoire. La n°78 est victime d’un nouveau problème de fiabilité et abandonne tandis que la n°87 sauve finalement une sixième place. Une nouvelle occasion manquée pour Akkodis ASP, alors que le rythme de la RC F était clairement suffisant pour jouer le podium.
Les 24 Heures du Mans changent complètement la dynamique. Dès les essais libres, les Lexus affichent leur potentiel, avec notamment Jack Hawksworth, venu remplacer temporairement Esteban Masson sur la n°78. En course, Akkodis ASP réalise enfin le week-end qu’il attendait. La Lexus n°78 termine deuxième, à seulement un tour de la Corvette victorieuse. La n°87 complète la performance avec la quatrième place. Un double résultat majeur pour Lexus et Akkodis ASP qui permet à la marque japonaise de signer son meilleur résultat de la saison et à la n°78 de s’installer durablement dans la lutte aux avant-postes. Pour Jérôme Policand, cette performance constitue même un véritable « point de bascule » pour son équipe.
À São Paulo, Lexus confirme cette montée en puissance en essais mais en course la n°87 temrine 7e, la n78 14e. « En considérant les 18 équipages en LMGT3, je pense qu’on a deux des six meilleures trios, donc on se doit de signer des résultats. » affirme Jérôme Policand, le Team Manager.
Notre analyse
Lexus a connu une première moitié de saison paradoxale. Le rythme n’a quasiment jamais constitué le problème, mais des problèmes techniques et certaines erreurs ont empêché Akkodis ASP de convertir cette vitesse en gros points. Lexus a placé ses deux voitures dans le top sept du classement LMGT3 et ne peut donc plus être considéré comme un simple outsider. Si Akkodis ASP parvient enfin à éliminer les problèmes qui ont plombé Imola et Spa, la RC F possède suffisamment de vitesse pour devenir une véritable menace dans la deuxième moitié de saison.
A suivre…

