Philippe Sinault (Alpine) : « Ce voyage en bleu a été fantastique »

À l’occasion des 24 Heures du Mans 2026, Endurance Live a rencontré Philippe Sinault, directeur de l’équipe Alpine Endurance Team pour faire un bilan des 13 ans de l’histoire Alpine / Signatech. De la renaissance d’Alpine en endurance à son avenir après la fin du programme actuel, il est revenu sur ces années d’histoire, les coulisses du projet lancé avec Carlos Tavares, les succès en LMP2, l’aventure Hypercar et les défis qui attendent son équipe (interview en deux parties)

Comment est née l’idée de relancer Alpine en endurance en 2013 ?

« Tout est parti de Carlos Tavares. Nous avions travaillé ensemble sur le programme Nissan GT Academy. Carlos étant parti chez Renault, les Anglais avaient récupéré le concept GT Academy et confié à ADR, je me suis alors retrouvé un petit peu dénudé. Lorsqu’il est arrivé chez Renault, nous nous sommes retrouvés à discuter en juillet 2012. Il m’a confié sa volonté de relancer la marque Alpine, j’ai évidemment adoré l’idée. Je lui ai alors expliqué que le meilleur moyen de faire renaître Alpine était de la remettre rapidement en compétition, comme à ses origines. Le problème était le suivant comme Carlos l’a dit : « Oui, mais je n’ai pas de voiture. ». J’ai proposé d’utiliser la plateforme LMP2 comme tremplin.

Mais pour cela, il me fallait à la fois un double accord : celui d’Oreca de badger la voiture Alpine, et celui de l’ACO d’accepter l’idée qu’un constructeur, ou en tout cas que le nom d’un constructeur, puisse être accolé à une LMP2 car cette catégorie n’est pas le bon endroit pour les marques. Hugues de Chaunac a immédiatement compris l’intérêt du projet et nous a soutenus. L’ACO a également cru à cette histoire qui disait : « Alpine va revenir. Ils vont relancer une voiture, relancer une marque, créer un réseau commercial. Cela présage peut-être d’une présence et le retour un jour dans la catégorie reine au Mans. ». Ils ont eu la « folie » d’accepter l’idée et en mars 2013, on révèle la voiture ici, dans un des stands du Mans, en présence de Pierre Fillon, Carlos Tavares, avec une A442 et une Oreca 03 rebadgée Alpine A450. C’était le début de l’aventure. »

ELMS 2013 © MPS AGENCY

Après les succès en LMP2, comment est née l’aventure en LMP1 ?

« La transition entre le LMP1 et l’Hypercar était compliquée et a duré au moins deux ans, d’autant plus avec le Covid. Dans ces périodes de changements, il faut être créatif et essayer de rebondir. J’ai proposé une nouvelle idée un peu folle à nouveau à l’ACO : après avoir rebadgé une LMP2 en Alpine, accepter l’idée que la Rebellion, une LMP1, puisse rouler et être présente sous le nom d’Alpine. Là encore, ils ont accepté. Je crois que c’était assez correct et assez « gagnant/gagnant » comme deal. Nous avons pu écrire de très belles pages face à Toyota, Glickenhaus et j’en suis assez fier. Nous avons nourri cette catégorie, contribué à maintenir son intérêt et préparé, en parallèle, les fondations du futur programme Hypercar. De notre côté, nous avons maintenu nos partenaires et la communauté Alpine autour de ce que l’on faisait. »

Pourquoi a-t-il fallu attendre 2024 pour voir une véritable Hypercar Alpine ?

« Notre arrivée en compétition en 2013 était assez prématurée. On s’est mis très fortement en déséquilibre avant, on était en phase très avancée et anticipée par rapport au projet Alpine en tant que tel, puisque la voiture est sortie officiellement en 2017. Entre 2013 et 2017, pendant que nous courions en LMP2, il a fallu au groupe Renault relancer cette marque Alpine, recréer un réseau commercial, créer une voiture à la techno assez particulière, restructurer un site de production à Dieppe pour être en capacité de produire ces voitures. Tout le monde a joué le jeu. Ce n’est pas de la démagogie du tout, je remercie bien évidemment, Alpine, mais vraiment l’ACO et Oreca d’avoir tenu le coup et d’avoir cru en ce projet.»

Le Mans 2021 © MPS AGENCY

Que représente pour vous le fait d’affronter les plus grands constructeurs mondiaux en Hypercar ?

« C’est un rêve éveillé. Cela fait treize ans que cela dure. C’est un fantastique voyage en bleu. »

Quel est votre plus grand souvenir de ces treize années ?

« Ce que je retiens, c’est que si c’était à réécrire ou si j’avais à rêver d’un parcours en sport automobile en associant notre équipe Signature / Signatech ou mon nom à une marque, je ne pourrais pas rêver mieux. L’ADN d’Alpine, l’histoire de cette marque nous correspondent tellement. Plus j’avançais avec ce constructeur, plus je découvrais des moments qui ont créé son histoire dans les années 60 et 70. Je me dis : « Ce n’est pas possible, j’aurais rêvé faire ça également. » C’était tellement dans l’esprit. Il y a eu des rencontres fantastiques comme Jacques Cheinisse (ancien pilote automobile français de rallyes et circuits, ayant exercé des responsabilités au sein d’Alpine et Renault) sur un banc un jour, on est restés discuter tous les deux. C’était juste des moments incroyables. »

A suivre…

© MPS AGENCY

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