Jean-Marc Gounon : « La Ferrari F40 restera toujours ma préférée »

Pendant la semaine des 24 Heures du Mans 2026, Endurance Live est allé à la rencontre de Jean-Marc Gounon. Fort de onze participations à la classique mancelle, l’ancien pilote français est revenu sur les voitures qui ont marqué sa carrière. De la Ferrari F40 à l’Audi R8, en passant par les Courage à moteur Judd, il raconte une époque où le pilotage se faisait avant tout au feeling, avant de livrer son regard sur les Hypercars d’aujourd’hui. 

Parmi les nombreuses voitures qu’il a pilotées aux 24 Heures du Mans, une seule revient immédiatement dans l’esprit de Jean-Marc Gounon : la Ferrari F40 de 1996 qu’il partageait avec Eric Bernard et Paul Belmondo. Plus de trente ans après l’avoir menée dans la Sarthe, l’ancien pilote garde intact le souvenir d’une machine aussi exigeante que fascinante. « La F40, chez tous les passionnés d’automobile, c’est une voiture étonnamment spéciale. Même aujourd’hui, beaucoup disent que c’est leur Ferrari préférée. » Engagée au Mans dans sa version développée par Michelotto, la F40 n’était plus une simple voiture de route. Son V8 bi-turbo était porté à 3,6 litres, les trains roulants avaient été profondément revus et les freins adaptés à la compétition.

Malgré ces évolutions, son caractère restait brut. « Il n’y avait pas de direction assistée, pas d’ABS, pas d’assistance au freinage. Le traction control, c’était votre pied droit. » À une époque où l’électronique en était encore à ses débuts, les énormes turbocompresseurs rendaient la voiture particulièrement délicate à exploiter.« En dessous de 5 000 tours, elle donnait des à-coups. C’était inconduisible. Avec les pneus froids, c’était extrêmement compliqué. » Une difficulté qui lui a même valu une sortie de piste au Nürburgring lors… d’un simple tour de chauffe.

Pourtant, une fois apprivoisée, la Ferrari devenait une arme redoutable. Face aux McLaren F1 GTR, pourtant plus modernes avec leur coque en carbone et leur conception plus récente, la F40 continuait de rivaliser. « En qualifications, on les mettait derrière à chaque fois. »

Pour Jean-Marc Gounon, cette Ferrari symbolise surtout une époque où tout reposait sur le pilote. « J’ai toujours aimé les choses simples. C’était la pure simplicité de la voiture de course. Tout reposait sur le pilote. » Chaque freinage, chaque remise des gaz, chaque correction de trajectoire dépendait uniquement de son ressenti. « Le point de braquage, c’était la force que tu avais dans les bras. La gestion moteur, c’était toi qui devais la faire. »

©Stéphane Cavoit

Au fil de sa carrière mancelle, Jean-Marc Gounon découvre ensuite l’univers des prototypes. D’abord avec les Courage propulsées par le spectaculaire moteur Judd V10, des voitures aussi physiques que gratifiantes. « On était encore sans direction assistée. Il fallait faire du talon-pointe au freinage et lever le pied à chaque changement de vitesse pour préserver la boîte. » Malgré leur exigence, ces prototypes procuraient un plaisir unique. « C’était une voiture très dure à conduire, mais quand on était en osmose avec elle, on pouvait réaliser des temps exceptionnels. »

Courge LC70 2007 ©Michel Faust

Quelques années plus tard, l’Audi R8 marque une véritable rupture technologique. Direction assistée réglable, électronique omniprésente, cartographies moteur, multiples réglages accessibles depuis le volant… le prototype allemand inaugure une nouvelle façon de piloter. « C’était un tapis roulant sur les vibreurs. On pouvait pratiquement tout régler depuis le cockpit. »

AUdi R8 LM 2005 PHOTO : DPPI

Aujourd’hui, en observant les Hypercars du Championnat du monde d’Endurance, Jean-Marc Gounon estime que le fossé est devenu immense. « Aujourd’hui, ce n’est plus un pilote dans la voiture. C’est un pilote et une vingtaine d’ingénieurs en même temps. » Selon lui, le rôle du pilote s’est profondément transformé. Les réglages évoluent quasiment en permanence durant un relais, entre la récupération d’énergie, les différentiels, le traction control, l’ABS ou encore la gestion thermique des pneumatiques.

Une évolution qui lui rappelle une conversation avec Bruno Famin lorsqu’il avait été consulté au sujet de Jules Gounon. « Il m’avait dit : “On a besoin de pilotes qui réfléchissent.” Ça m’avait surpris, mais il avait raison. Aujourd’hui, il faut être capable d’analyser la voiture et de répondre aux demandes des ingénieurs en permanence. »

L’interdiction des couvertures chauffantes n’a fait que renforcer cette complexité. Désormais, les pilotes adaptent continuellement les réglages pour accompagner la montée en température des pneus. Un fonctionnement qui impressionne Jean-Marc Gounon, même s’il reconnaît ne plus s’y retrouver. « Moi, je viens des voitures sans direction assistée. Aujourd’hui, avec toutes ces assistances, on perd une partie du contact avec la voiture. On ne la sent plus de la même façon. »

Onze participations aux 24 Heures du Mans plus tard, Jean-Marc Gounon garde donc une affection particulière pour ces voitures d’une autre époque. Des machines parfois difficiles, souvent physiques, mais qui demandaient avant tout du talent, de l’instinct et des sensations. À ses yeux, aucune n’incarne mieux cette philosophie que la Ferrari F40, celle qui restera, sans hésitation, son plus grand coup de cœur. 

© MPS Agency

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