L’homme aux 26 participations aux 24 Heures du Mans s’est confié sur les plus grands moments de sa carrière dont 1992 et 1995 où il a partagé le volant avec son fils, Justin.
Un véritable bavard. Il ne faut pas beaucoup le pousser pour qu’il détaille sa carrière en sport automobile. Le Mans, sa relation avec son fils, le Nürburgring avec Stefan Bellof… Derek Bell partage avec un grand plaisir les plus beaux moments de sa carrière. Le Britannique est une véritable légende. Présent aux Classic Days à Magny-Cours, l’ex-pilote Porsche, Ferrari ou encore McLaren a signé des autographes par centaines. Il était attendu comme le messie sur le tracé nivernais. En même temps, avec un palmarès comme le sien, difficile de ne pas attirer les foules. En vingt-six participations aux 24 Heures du Mans, il s’est imposé à cinq reprises (1975, 1981, 1982, 1986 et 1987). Et puis à cela, il faut ajouter de nombreux autres succès de prestige : les 24 Heures de Daytona à trois reprises, les 6 Heures de Watkins Glen par quatre fois ou encore les 1 000km du Nürburgring en 1984 avec un certain Stefan Bellof. Une course, où le nouveau venu en Formule 1, Ayrton Senna, était présent. « J’ai toujours pensé que tous les top pilotes devaient faire de l’endurance. Histoire de savoir comment c’est de faire plus de 40 tours et d’en faire 400. Vous voyez ce que je veux dire ? Je pense que tout le monde devrait le faire. Donc, je n’étais pas surpris de le voir là. Je sais que Mike Hailwood et d’autres pilotes ont dit que l’endurance était un truc de fou« , partage le Britannique.
Les 1 000km du Nürburgring 1984, la seule édition de l’épreuve qu’il a remportée. À l’époque, Derek Bell faisait équipe avec un homme au destin tragique : Stefan Bellof. L’Allemand, qui possédait un coup de volant magnifique, a profondément marqué son équipier de la Porsche 956 n°2. « C’était une superstar, il avait tout pour l’être. Il était putain de rapide ! C’était un merveilleux pilote, on avait une relation magnifique, et il avait énormément de talent. Malheureusement, il a eu une fin tragique avec cet accident à Spa… » En 1983, les 1 000km du Nürburgring se déroulaient pour la dernière fois sur la Nordschleife. À cette occasion, Stefan Bellof avait réalisé un tour de qualification qui est resté dans les annales. Au terme de 6 minutes, 11 secondes et 130 millièmes d’effort, l’Allemand a battu le record de la boucle nord. Un chrono qui est resté la référence du circuit pendant 35 ans, seulement battu par Timo Bernhard dans la Porsche 919 Hybrid Tribute. « Tout le monde pensait qu’il y avait un problème avec le chrono, mais il n’y en avait pas. C’est incroyable ce que Stefan a fait.«
Le Mans. Une autre course intimement liée à l’histoire de Derek Bell. Hormis 1984, il a été présent à toutes les éditions, de 1970 à 1995. Vingt-six participations. Cinq victoires. Un palmarès impressionnant. Pour son premier engagement, en 1970, il était avec Ferrari aux côtés de Ronnie Peterson. « M. Ferrari m’a offert ma première course de voitures de sport. C’était à Spa en 1969. Puis en 1970, je suis allé au Mans (Ferrari 512S) et j’ai fait tout le championnat du monde. » Puis, l’année suivante, il est passé chez Porsche. Une 917 longtail lui a été fournie. Une voiture totalement folle avec laquelle il a atteint 396km/h dans les Hunaudières. « Est-ce que c’était effrayant d’atteindre presque 400km/h ? Pas vraiment. Si la voiture me disait qu’elle pouvait le faire, alors j’y allais. » Malgré un abandon dans la 17e heure de course, ce prototype qu’il a partagé avec Jo Siffert l’a profondément marqué. « C’était une voiture de dingue », assure-t-il.
Vient ensuite l’épisode Mirage. Dès 1973, on lui a confié ce bolide pour participer à la plus grande course d’endurance au monde. Première année ? Un abandon. La deuxième, une quatrième place. Et puis, en 1975, sa première victoire. Cette année, il pilotait avec Jacky Ickx et la course a été marquée par une bataille à distance avec la Ligier JS2 de Jean-Louis Lafosse et de Guy Chasseuil. Un succès qui est arrivé avec une voiture, qui, sur le papier, n’était pas la meilleure pour réaliser pareille performance. « Nous avons été chanceux, mais c’était le plan. Notre voiture n’était pas si rapide. Le moteur – issu de la Formule 1 – n’était pas bien préparé pour Le Mans, il était limité à 9 000 tours minutes au lieu de 10 000 et ça a causé énormément de vibrations. Mais c’était une excellente expérience. Cette année là, nous avons gagné grâce à notre rythme, la fiabilité et notre bonne conduite. Concrètement, nous n’avons pas eu de gros problèmes, nous n’avons pas trop poussé le moteur, ni la boîte de vitesses. » Pour la petite histoire, à l’arrivée, Jacky Ickx est venu chambrer Guy Ligier en lui lançant « qu’est-ce que t’es sympa de nous avoir laissé gagner« . Dans le money time, la Mirage était en proie à quelques problèmes et le duo avait dû baisser son rythme pour aller au bout. Tout comme les hommes de la Ligier qui avaient décidé d’assurer la 2e place.
Le Britannique a eu l’immense chance de connaître la domination de Porsche au Mans dans les années 1980. Que ce soit avec la 956 ou bien avec la 962, il a aidé la marque de Stuttgart à construire sa légende dans la Sarthe. Il a d’ailleurs remporté l’épreuve en 1981, 1982, 1986 et 1987. « C’était fantastique, la voiture était parfaite. Elle était incroyablement rapide dans les virages et très stable« , partage Derek Bell à propos de la 956. En 1992, sa participation à la classique mancelle a été particulière. Certes, il n’a pas gagné (12e), mais il a eu l’opportunité de courir avec son fils, Justin. Tiff Needell complétait l’équipe. Trois ans plus tard, il a eu la chance de refaire une course père/fils, cette fois dans la McLaren F1 GTR, partagée avec Andy Wallace. « C’est incroyable de piloter avec son fils et de terminer 3e au Mans. C’est une sensation unique. J’en ai parlé avec Mario Andretti, quand on s’est vu à Long Beach. Avec son fils, Michael, ils voulaient gagner à tout prix, ils ont tout essayé, mais ils n’y sont pas arrivés. Ils ont eu le même meilleur résultat que nous (3e en 1983 avec une Porsche 935/76, NDLR).«
Quand on lui demande en quoi Le Mans était spécial, Derek Bell répond simplement : « parce que je l’ai fait avec des constructeurs prestigieux. Le Mans, c’était mon type de courses. J’ai eu la chance de piloter à une période incroyable. Et, j’ai toujours et de bons coéquipiers : Jacky Ickx, Hans-Joachim Stuck, Al Horbert… » Et, en toute fin d’interview, le quintuple vainqueur du double tour d’horloge sarthois l’avoue, « mes huit premières années en sport automobile m’ont permis de préparer Le Mans« .

