Anthony Megevand : « La saison 2025 a prouvé que DragonSpeed pouvait rivaliser avec les équipes officielles »

Après une première saison complète en IMSA GTD Pro couronnée de succès, Anthony Megevand, directeur sportif de DragonSpeed, revient pour Endurance Live sur les enseignements de 2025 et sur les défis qui attendent l’équipe en 2026 avec l’arrivée de la Corvette Z06 GT3.R.

Après votre première saison complète en IMSA avec DragonSpeed en GTD Pro, quel bilan tirez-vous de 2025 ?

« Il est évidemment positif. L’équipe termine deuxième du championnat GTD Pro et nous avons été les seuls à nous battre pour le titre jusqu’à la finale avec Corvette Racing. Sachant que DragonSpeed était la seule véritable équipe privée en GTD Pro, c’est une belle performance. Le team finit devant des voitures officielles comme Ford ou BMW, d’autres qui avaient un soutien de l’usine comme AO Racing avec Porsche ou Pfaff avec Lamborghini. Une victoire, six podiums dont cinq consécutifs au cœur de l’été, quatre pole positions… Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Après, il y a une déception : ne pas être champion. Quand on dispute une finale comme Petit Le Mans, c’est pour la gagner. »

Qu’est-ce qui vous a le plus satisfait et le plus challengé ?

« La satisfaction, c’est de voir l’alchimie qui a été créée entre les pilotes et l’équipe, la capacité à tirer le maximum de tout et de tout le monde. Sur ce point, je reste bluffé par ce qu’Elton Julian (le patron du team) arrive à faire. Il a la pertinence du pilote pro qu’il a été, du patron d’équipe, du stratégiste et du technicien. C’est un mélange d’aspects physiques, sportifs et techniques. On a vécu de courses intéressantes, excitantes avec parfois des coups de poker… Se retrouver à se battre pour la victoire comme ça, c’est tellement sympa à vivre. Pour le côté le plus challenging, difficile à dire. Est-ce qu’il y a eu des périodes de doute ? Parfois un peu mais le team est solide et vraiment soudé donc on fait face. Peut-être le fait d’être face à des équipes officielles parce qu’on peut se dire que nous n’avions pas les mêmes ressources, mais au final on en a fait une force. »

©️ DragonSpeed

En 2026, DragonSpeed passe à la Corvette en catégorie GTD. Pourquoi ce choix et qu’est-ce que cela change pour l’équipe ?

« DragonSpeed pensait déjà à la Corvette Z06 GT3.R depuis quelques temps. Quand la marque a annoncé le programme compétition-client en GT, l’équipe s’était déjà positionnée. Cela n’avait pas pu se faire, mais il y avait déjà un lien entre DragonSpeed et GM suite au programme en IndyCar Series (avec Ben Hanley) il y a quelques années, et avec Pratt&Miller via leur programme LMP2. Au final, c’était un choix assez naturel. Compte tenu de la saison accomplie, cela faisait sens de relever un autre défi d’autant que Henrik Hedman (le pilote Bronze) avait émis le souhait de revenir au volant.

Cela change beaucoup de choses. C’est une nouvelle voiture donc il faut réapprendre beaucoup d’éléments. La philosophie de la Z06 GT3.R est différente, tout comme l’approche de Corvette et GM. C’est intéressant car il faut sortir de sa zone de confort, de réinventer. Pour les ingénieurs, les mécaniciens, les pilotes, l’hiver a été très studieux avec de nombreuses nouveautés à tous les niveaux. C’est un peu comme si vous êtes une équipe de foot, que vous conservez une partie des joueurs et le staff, mais que vous changez de stade et de crampons. »

Les 24 Heures de Daytona seront votre première course avec la Corvette. Comment avez-vous préparé ce rendez-vous et quels seront les points clés pour réussir ?

« L’intersaison a été studieuse et le temps est passé à une vitesse folle. Qui dit nouvelle voiture dit nouveaux outils, nouvelle philosophie, nouvelle identité, tout est nouveau. On ne repart pas de zéro, mais la quantité de travail est colossale. En même temps, il y a une fraicheur et une motivation différente. La réussite de Daytona passe comme toujours par la fiabilité, la sagesse en piste et la capacité à être compétitif dans une catégorie vraiment relevée. Sur le papier, ça semble tout beau. Nous avons toutes les cartes en mains. Dans la pratique, on sait que c’est une autre histoire. Nous allons découvrir beaucoup de choses sur le terrain. On apprend en marchant. »

© Courtesy of IMSA

Qu’avez-vous retenu de la saison 2025 que vous avez déjà appliqué pour mieux aborder 2026, aussi bien sur le plan sportif qu’organisationnel ?

« On apprend toujours, mais je crois que l’équipe a encore plus pris conscience de ce qu’elle est capable de faire. Nous avons franchi un bon palier au niveau de la stratégie et dans la façon de structurer les choses, avant et pendant un événement. Cela donne plus de constance au programme dans sa globalité. »

Vous êtes aussi très impliqué dans le Ferrari Challenge North America. En quoi ce travail avec les pilotes clients et les jeunes talents complète-t-il votre rôle en IMSA ?

« C’est un rôle différent pour moi, via la concession de Ferrari of Fort Lauderdale. En deux ans, nous sommes passés d’une ou deux voitures à cinq engagées. Il a fallu construire et structurer le staff, avec une quinzaine de personnes pour gérer l’exploitation, la mécanique, l’hospitalité. Les pilotes ont des profils très différents, avec des jeunes qui découvrent totalement le circuit et qui souhaitent s’orienter vers la compétition, des amateurs qui veulent simplement se faire plaisir, etc… Ce n’est pas comparable à l’IMSA. Il faut faire un reset. Voitures différentes, pilotes différents, règles différentes ! C’était assez déstabilisant au début, mais ça permet d’aborder les choses sous un angle différent. Là aussi, c’est une question d’apprentissage et d’être davantage polyvalent. »

© Courtesy of IMSA

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