Ancien pilote officiel Peugeot Sport, Nicolas Minsassian est désormais Team Principal de l’écurie IDEC depuis 2021. A l’aube de la course à la maison sur le circuit du Paul Ricard ce week-end, il a partagé avec Endurance Live un bilan de la saison écoulée ainsi que ses attentes concernant la saison 2026.
Nicolas, parlez nous de la collaboration d’IDEC avec l’équipe Genesis. Où en sommes-nous ?
« Le partenariat avec Genesis a pris son essor sur la fin de l’année 2024. On a surtout travaillé sur la partie organisation et veiller à construire une plateforme pour que ce team se mette en place. Cela concernait l’atelier, les infrastructures, le matériel et le recrutement. Tout s’est fait petit à petit dans le courant de l’année passée. On a dû faire vite tout de même car on a livré́ l’atelier à Genesis le 29 juillet dernier. Il fait plus de 2000m2 or il n’y avait rien au mois de janvier ! Bref, on a effectué notre travail de fond pour que Genesis puisse être opérationnel. Maintenant que cela est fait, on reste à leur disposition pour les aider si nécessaire. »
Qu’en est-il pour 2026 ?
« On s’occupe de faire surtout du développement de pilotes, dans le cadre du « Trajectory Program », et en particulier avec l’équipage de l’Oreca n°18 (c’est à dire Jamie Chadwick, Valerio Rinicella et Laurents Horr). Sur l’Oreca n°28, on a Paul(Lafargue)et les deux piliers que sont Job (Van Uitert)et Paul Loup (Chatin). Ce dernier court bien entendu pour Genesis – c’est sa priorité – mais il reste un pilote IDEC à part entière. »
Comment en êtes-vous arrivés à recruter ces pilotes pour le « Trajectory Program »
« C’est toute une organisation. Je recrute des pilotes d’abord parce que je les « sens bien ». Pour autant, je ne suis pas le seul à les choisir. Je le fais en concertation avec d’autres personnes dont Cyril Abiteboul (Team Principal Genesis Magma Racing) et Gabriele Tarquini (directeur sportif Genesis Magma Racing). On s’assoit tous ensemble, on recherche des talents tout en gardant en tète la vision à long terme du programme. Ce « Trajectory Program » donne des opportunités aux jeunes. S’il y en avait plus comme cela, ce serait fantastique car quand tu es pilote, tu as forcément envie d’avoir quelqu’un qui t’aide et eux (ndlr : Genesis), ils le font !
On a noué des contacts avec nos pilotes depuis l’année dernière. On a observé les courses où ils ont réussi et celles où ils ont peiné. On a aussi parlé avec des gens qui les côtoient, de leur caractère, d’où̀ ils viennent, de ce qui les motive. Cela va bien au-delà du seul critère de rapidité en piste. En résumé, il faut que le pilote aille vite mais aussi qu’il ne casse pas la voiture, qu’il soit fiable… et que ce soit une bonne personne qui puisse rallier une équipe, qui sache rester humble, positiver quand la situation est difficile. Les pilotes complets et/ou professionnels répondent un peu à tous ces critères. Il ne suffit donc pas seulement d’aller vite. »
Comment s’est passée votre intersaison ?
« On a fait un bon programme d’essais cet hiver. On a recruté́ quelques personnes. On s’est renforcé́ et on va continuer à se renforcer dans les domaines techniques. On a ainsi quatre ingénieurs à plein temps. On veut toujours continuer à réussir, à progresser et à devenir meilleur. »
On imagine que vous viserez forcément la première place en championnat ELMS ?
« Non, je ne me mets pas un tel objectif en tête. Je n’aime pas faire cela par humilité́ et par respect pour les concurrents dans la pitlane. Si je me dis que je suis parti pour faire P1, cela veut dire que je suis confiant en moi. Or la confiance, on en a tous, mais on doit aussi avoir l’humilité́ de se dire qu’il va falloir aller au charbon pour pouvoir gagner le championnat. L’objectif qu’on a cette année, c’est d’être dans le top 5 régulièrement. Et le top 5, c’est vraiment l’endroit où il faut être pour aller chercher une victoire. »
Comment s’est passée votre première manche à Barcelone ?
« L’ELMS est un championnat relevé, très serré, qui ne laisse aucun droit à l’erreur. Nous savons que, pour bien figurer au championnat, il nous faut être régulier et marqué des points. C’est ce que nous avons fait avec la n°18, et les 12 points marqués. Nous sommes déçus pour la n°28 qui a tout autant sa place à minima dans le top 5. On a eu quelques problèmes, on a fait quelques erreurs aussi, et ça ne pardonne pas. Néanmoins le potentiel de performance est présent. Il nous faut encore travailler comme nous l’avons fait tout au long de l’hiver et de cette semaine en Espagne, sans relâche, pour aller chercher encore mieux. Ça finira par payer, j’en suis sûr. Notre équipe est solide mentalement. »
L’équipe s’est-elle bien remise de l’échec des 24 Heures du Mans 2025 ?
« Pour moi il n’y a pas eu de coup du sort. Il y a eu une erreur humaine qui peut arriver à chacun d’entre nous. C’est malheureusement la roue arrière droite qui est partie sur la 18 et sur la 28. Pour autant, les deux abandons résultent de deux faits de courses complètement distincts. C’est vrai… cela nous a fait mal d’autant plus que les deux voitures étaient devant.
J’y suis passé aussi du temps où j’étais pilote… à être en tête pour finalement, ne pas gagner. En 2007, j’étais 2ème et le moteur « pète ». En 2008, on aurait dû gagner aussi mais on prend une mauvaise décision. En 2009, je me fais « crasher » dans la pitlane en début de la course. En 2010, on est en tête avec un tour d’avance et le moteur « pète ». Enfin, en 2011, on était 3ème à un tour dès le début parce qu’on avait un problème de répartition des freins et énormément de safety cars en course qui nous empêchaient de remonter. Et pourtant on avait la/les voitures pour gagner. C’est comme ça. C’est la course. »
Matthias Fernandez

