Double vainqueur des 24 Heures du Nürburgring, Augusto Farfus ne se présente plus comme un simple prétendant à la victoire dans quelques jours, mais comme l’un des visages emblématiques de l’épreuve. Pilier de BMW M Motorsport, le Brésilien aborde une nouvelle fois l’enfer vert avec l’expérience de ceux qui en connaissent chaque piège, chaque incertitude et chaque émotion. Entre souvenirs d’une première victoire fondatrice en 2010, un retour au sommet en 2025 après des années de lutte et d’exigences toujours plus élevées en concurrence avec un plateau désormais ultra‑international, Augusto Farfus livre un regard lucide et passionné sur ce monument de l’endurance automobile. Endurance Live a pu le rencontrer pour évoquer sa passion pour Nürburgring et ses attentes pour ce week-end.
Augusto, vous avez remporté les 24 Heures du Nürburgring en 2010. Que gardez-vous en mémoire de cette première victoire dans l’enfer vert ?
« Oui c’était avec la BMW M3 GT2, il y a quelques années maintenant. Je me souviens de chaque instant. À l’époque où nous avons commencé au Nürburgring, c’était une grande course, mais c’était très particulier, une course « l’allemande ». Elle s’est internationalisée depuis. Je ne connaissais pas vraiment cette épreuve ni le circuit. La première victoire est donc arrivée comme une surprise. À l’époque, la course et le tracé étaient très sauvages. Je me revois jeune pilote essayant simplement de survivre et de ne pas faire d’erreurs. Nous avons eu une lutte très serrée. Mes coéquipiers étaient beaucoup plus âgés que moi. Jörg Müller, Uwe Alzen et Pedro Lamy m’ont énormément appris sur la façon de se comporter et de gérer la course.
Au final, nous avons gagné, mais on se rend compte à quel point il est difficile d’y gagner, car il m’a fallu quinze ans pour le faire à nouveau. De nombreuses fois, nous étions aux avant‑postes, très compétitifs, sans jamais transformer cela en résultat. L’an dernier, nous avons gagné d’une façon fantastique et revenons en 2026 avec quasiment le même équipage avecJordan Pepper qui nous a rejoint. Cette année, le niveau semble plus élevé que l’an dernier. Prendre le départ, être sur la grille et voir tous ces gens est quelque chose de très émouvant, de très unique. C’est surtout cela que j’attends avec impatience. »
Le plateau des engagés est-il si différent des années passées ?
« En 2010, beaucoup de voitures étaient similaires, à mon époque je pilotais la BMW M3 GT2, il y avait quelques GT3, un mélange de voitures différentes. Aujourd’hui, le plateau est extrêmement relevé et si vous regardez la liste des engagés, il est très difficile de désigner un favori. »
Quelles sont les clés pour monter sur le podium ou même gagner ?
« En regardant les prévisions météorologiques, je pense que la course devrait être très difficile. Il devrait pleuvoir, la piste sera surement glissante. Le Nürburgring est une course où il faut avant tout limiter les erreurs et essayer de rallier l’arrivée sans dommage. L’objectif numéro un est d’avoir une équipe solide comme la nôtre et de minimiser les embuches. Rowe Racing sait très bien ce qu’il faut faire pour gagner cette course. Nous nous connaissons très bien, c’est un atout non négligeable pour aller réussir. »
Nürburgring, Spa, les 24 Heures du Mans. Laquelle est la plus difficile ? Vous dîtes souvent que les 24 Heures du Nürburgring est l’une des plus dures au monde…
» Elles sont toutes difficiles pour des raisons différentes. Le Nürburgring est clairement le circuit le plus exigeant. Spa est difficile parce qu’il n’y a qu’une seule catégorie. Le Mans est aussi très difficile pour la voiture, on parcourt énormément de kilomètres et la course est très rapide. Les difficultés sont différentes sur toutes ces courses de 24 heures. Bien sûr, après avoir gagné deux fois les 24 Heures du Nürburgring, ce serait un plaisir de gagner une autre course de 24 heures cette année, voire plusieurs. »
Depuis l’an dernier, la classique allemande fait partie du championnat Intercontinental GT Challenge (IGTC), quel est ton regard sur cette intégration ?
« Sur le papier, l’IGTC est le plus beau championnat du monde, car il regroupe les plus belles courses sur les plus beaux circuits de la planète. L’an dernier, nous nous sommes battus jusqu’à la fin du championnat et cette année encore, avoir Bathurst, le Nürburgring, Spa, Suzuka et Indianapolis, c’est un rêve éveillé. »
L’enchaînement de deux courses de 24 heures en moins d’un mois, le Nürburgring puis Le Mans, comment le gérez-vous ?
« L’an dernier, c’était difficile car elles se suivaient. Cette année, ça l’est moins, car on a le temps de rentrer à la maison entre les deux épreuves. Même si, de mon côté, je participe au Nürburgring, au FIA WEC et au championnat GT italien, je vais enchaîner beaucoup de courses en peu de temps. Les courses de 24 heures restent toujours les plus difficiles à digérer, mais après ce que nous avons vécu l’an dernier, rien de pire peut nous arriver. »
BMW détient le record de 21 victoires au général aux 24 Heures du Nürburgring. Vous détenez un secret pour gagner ou il y a une part de chance ?
« Pour gagner cette course, il faut de la chance, mais surtout de la préparation. BMW prend cela très au sérieux. Nous concevons la voiture de manière qu’elle soit adaptée à cette course. La BMW M4 GT3, comme la BMW M6 auparavant, sont des voitures très polyvalentes. Quand je regarde le nombre de courses remportées récemment par la BMW M4 GT3, cela montre à quel point nous sommes très compétitifs. »

