Le Groupe Oreca a recruté Rémi Taffin au poste de directeur technique Groupe il y a maintenant 5 ans. Il est en charge de l’intégralité de l’activité Oreca Technology tant sur le périmètre châssis sur le site de Signes que sur le périmètre moteur au sein de la filiale du groupe à Magny-Cours. Il est revenu sur son rôle et sur les différents programmes Hypercar dans lesquels Oreca est ou a été impliqué.
Remi Taffin fait désormais bien parti du paysage Endurance depuis plusieurs années. Mais son rôle, très important, n’est pas toujours très bien connu. Il revient d’ailleurs sur ce sujet. « Je suis le directeur de la business unit Motorsport car dans le groupe Oreca on a plusieurs sites. Il y a effectivement Signes où on fabrique les châssis, Magny Cours où on fait les moteurs et aussi Indianapolis où on a une base logistique pour servir les USA. Mon rôle est double : diriger cette business unit, je me déplace sur ses sites, et mon second titre, directeur technique du groupe. C’est là où je partage l’ensemble des activités, que ce soit sur la partie châssis ou moteur. Un des atouts aussi du groupe Oreca est qu’effectivement, on a toutes ces activités et à un moment donné, il faut aussi être capable de les rapprocher. »
Rémi Taffin arrive dans le Var en 2021, à l’usine Oreca de Signes, une première pour lui à plus d’un titre. « C’était la première fois que je changeais d’entreprise parce que j’étais resté plus de vingt ans dans la première (Renault) puis je suis arrivé chez Oreca. Cinq ans plus tard, tout va bien, je suis très content d’être là. On fait plein de choses très intéressantes et je suis très heureux de travailler avec Hugues (de Chaunac). Ce fut quand même une sacrée découverte, je ne connaissais pas forcément l’endurance. Il a fallu apprendre un milieu différent et aussi le monde du service client en LMP2 certes, mais sur beaucoup d’autres. C’est un travail différent, pluridisciplinaire et c’est très intéressant. J’ai aussi découvert une nouvelle entreprise. Hugues prévoyait de fortement développer Oreca, ce n’était donc pas comme arriver chez Oreca, une entreprise qui roule depuis déjà depuis très longtemps. »
Diplômé de l’Estaca, Rémi Taffin possède une solide expérience de la course automobile forgée en Formule 1. Après avoir été ingénieur de piste de Ricardo Zonta et de Jos Verstappen, Il a travaillé directement avec deux champions du monde, Jenson Button et Fernando Alonso. Il a aussi pris la Direction des Opérations de l’écurie Renault de F1, avant de devenir en 2016, Directeur Technique moteur et d’avoir la responsabilité globale des groupes motopropulseurs de Renault puis d’Alpine F1, fonction qu’il a quittée en juin 2021.
Cependant, il a quand même fallu du temps à Rémi Taffin pour se familiariser avec ses nouveaux postes, sa nouvelle entreprise. « Ça faisait quand même beaucoup de changements, de développements et de nouveautés pour tout le monde, même pour moi ». Le fait que le groupe grossisse a aussi obligé à réorganiser beaucoup de choses. « En fait, ce n’est pas réorganisé, je dirais plutôt accompagner parce qu’il y a un ADN très fort chez Oreca et un vrai leitmotiv : conserver ce qu’on a de meilleur, notre amour de la course, des belles voitures, du travail bien fait, de notre service client et notre agilité, notre capacité à faire des choses que d’autres ne sont pas capables de faire. Et ne tombons pas dans le travers de finalement grossir comme tous les autres et de peut-être mal structurer les choses.
Mais, et c’est là où on est un peu schizophrène : on fait quand même des Ferrari. Ca reste des voitures de course, pour des clients Ferrari, ça doit être des voitures qui gagnent des courses. En faire des dizaines par an impose quand même de mettre en place des process, structurer les choses, avoir un peu plus de prévision, parce que ça engage aussi énormément de ressources. On a un peu comme un paquebot entre les mains et il faut être capable de bien le faire naviguer. C’est ça qui est le plus difficile parce que, quand on fait du sport automobile, on a toujours la vision de l’équipe de course, mais quand on commence à grossir et à avoir beaucoup de choses à faire, il faut quand même se structurer légèrement. »
Avec des années passées en Formule 1, son expérience dans la catégorie reine est profitable, mais pas seulement comme il l’explique. « Ce n’est pas forcément l’expérience F1, c’est l’expérience du sport automobile à haut niveau, au sein d’un grand groupe automobile. Avoir déjà connu certaines situations permet de ne pas faire les mêmes erreurs. On connaît déjà le résultat de certaines choses, on sait qu’il ne faut pas forcément aller là parce que ce n’est pas ce qu’il nous faut. Cela permet donc adapter et faire des choix en conséquence.
Le LMP2 va entrer en 2028 dans une nouvelle ère avec l’introduction de nouveaux protos. Evidemment, Oreca a été choisi pour le développement des châssis, ce qui va permettre de poursuivre l’histoire d’ORECA et de cette catégorie chère au groupe, commencer avec les 03, 05 et 07. « ORECA est très actif parce qu’on croit en la P2. Elle nous a été très utile. On a une voiture, la 07, qui est peut-être la meilleure qui a été faite sur Terre. Elle est plébiscitée par tous. Au-delà de ça, on pense que ce produit doit rester tel qu’il est, un produit dit premium pour les clients. Il faut qu’on conserve ça, un produit vraiment performant. La 07, il y en a toujours en construction et plus de cent cinquante ont été faites. On est à moins de deux ans de la fin de la voiture, il y a quand même beaucoup moins de protos construits pour des raisons simples : ils existent et il y a un marché de seconde main. De plus, il y a une durée de vie qui va être bientôt atteinte. C’est aussi un programme qui nous permet de continuer à améliorer notre service, parce que comme on a fourni une bonne voiture, on a maintenant des clients exigeants et ils nous le rendent en nous disant : ce serait bien ci, ce serait bien ça, et du coup on en profite. »

